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05 août 2010

31 Juillet - 1er Août 2010 : 4810.

4810 mètres, l'altitude du Mont Blanc. C'est 10 fois plus haut que le point culminant de la commune de Serqueux, le Malaumont et ses 487 mètres.
Le Mont Blanc est un adversaire coriace. Après 2 tentatives pour Papa, le Mont Blanc mène 2 à 0.
Pour ma part, c'est la belle, il y a 1 - 1 (mais mon 1 à moi il vaut plus cher d'abord, cf l'été dernier).

En ce dernier week-end de juillet, on prévoit donc de s'attaquer au toit de l'Europe avec Papa. Par la voie normale, tranquilement. En bivouaquant à Tête Rousse pour éviter l'ambiance toute particulière des refuges du Mont Blanc (et parce que le bivouac est interdit au Goûter, n'en déplaisent aux dizaines de cordées installées là-haut chaque jour).

Le week-end commence pas au top puisque la fiable Evasion lâche Papa à 150 bornes de Thonon. La première marge est entamée.
Reste à préparer nos affaires sereinement le vendredi soir. On part sans se presser le samedi matin, direction Saint-Gervais !

Saint-Gervais, le départ du fameux TMB.
La tuile de la matinée : le Tramway ne s'arrête pas au Nid d'Aigle pour cause de risque dû à une immense poche d'eau sous le glacier de Tête Rousse. Ce qui rajoute 200m de dénivellé, on s'en serait bien passé.

Au départ, Papa arbore son rutilant matos des années 80.

Puis on s'élève doucement sur les pentes du massif du Mont Blanc. La météo est au top.

On dépasse Bellevue, et le TMB nous largue au Mont Lachat...

On suit les rails durant une petite demi-heure...

Puis on atteint le Nid d'Aigle, là où le train aurait dû nous laisser. Ca rajoute pas grand chose, mais avec nos sacs de 1000kg, c'est toujours ça de pris dans le dos...

Alors que le brouillard s'accroche sur les hauteurs et que le chemin du refuge devient un peu plus technique, il est temps pour Papa d'enfiler les... Superguides !

Ca crouze sur le chemin de Tête Rousse...

Après une montée tranquille -pas la peine de se charger en acide lactique avant l'ascension de demain- on prend pied sur le glacier de Tête Rousse, avec le refuge du même nom en vue...

Alala les souvenirs de la tentative 2007 avec Peter et Palmito sont pas loins...
Il est 16h, on est dans les temps. On peut tranquilement se restaurer et se caler une petite sieste avant d'installer le bivouac. Il y a quelques autres tentes, mais le c'est plutôt tranquille, et le bivouac est 4 étoiles...

On prépare le matos pour le lendemain...

Puis on lance l'eau à chauffer pour le bouillon et les pâtes : c'est parti pour la glycogénogénèse. Et enfin, au lit tôt. "Demain" réveil à 23h30...
Depuis la tente, un dernier coup d'oeil sur la voie du lendemain, l'austère couloir du Goûter...

Sommeil non optimal d'une part parce que le soleil brille encore jusqu'à tard, d'autre part parce que mon compagnon de cordée a mis son réveil à 22h30 au lieu de 23h30.
L'heure fatidique sonne finalement. La motivation est au top. Le temps de s'habiller et de déjeuner, puis on se met en route pour l'ascension du Mont Blanc.
L'inconvénient de partir de Tête Rousse, c'est que ça rajoute les 650m de dénivellé de la montée au Goûter. L'avantage, c'est qu'on est tranquille pour monter ce passage technique et qu'on évite les dizaines de cordées qui montent au Goûter pendant la journée, et qui descendent du sommet.
Et effectivement, on est tranquilles. Une cordée au loin devant, une cordée au loin derrière. On peut doucement s'élever dans les rochers en surplombant les lumières de la civilisation qui luisent à l'horizon.
Et effectivement, le passage est technique. Pas donnés les pas de 2b+ à cette heure, cette altitude. Mais le tout c'est de tenir un rythme régulier et ça passe à l'aise.

On met finalement presque 3h pour arriver au Goûter. Au moins on se retrouve pas au moment de la ruée du départ. Papa est un peu entamé par cette montée éprouvante, mais le plus dur reste à faire. 1000m de montagne à vache, donc 800 au-dessus de 4000...
Là c'est le moment où on se caille un peu les miches. Le soleil n'est pas près de se lever, et on est enfermés dans un nuage.

A 6h, on atteint le Dôme du Goûter, toujours dans le brouillard.
Mais au moment de la petite descente qui suit le sommet du Dôme, tout se lève dévoilant des couleurs et une chaleurs bienvenues. A droite, un bleu turquoise de toute beauté...

A gauche, des irisations magnifique au-dessus du Mont Maudit...

Au loin, le Mont Blanc qui réussit à faire fuir son âne...

A ce moment l'espoir renaît. Le rythme n'était pas transcendant jusqu'ici, mais Valot est en vue. Et une fois à Valot, c'est gagné moralement et physiquement. L'erreur de jugement.
Déjà l'accès à Valot est raidasse...
...Mais on y arrive sans encombre. Il est temps de faire une bonne bonne pause. Les organismes sont pas forcément au top du top. Alors on pénètre dans le dépotoir Valot pour reprendre des forces. Pour moi, c'est gagné, il ne reste plus que l'Arête des Bosses, et c'est le summit... Mais bon déjà dans ma tête Valot c'était à 4500 alors que pas du tout, c'est à 4360m...

Toujours est-il qu'il faut se remettre en route. Papa commence à en chier mais on lâche pas l'objectif, qui joue à cache-cache avec les antécimes...

La bavante des Bosses...

Dur. Les pas s'enchaînent lentement, mais sûrement. Au bout de 3h on croise une cordée espagnole qui nous annonce qu'il reste un quart d'heure. Rien n'était sûr jusqu'ici. Mais désormais, le Mont Blanc, c'est chose faite.
Reste à boucler ce ptit quart d'heure, et à 10h30, après 3h30 pour faire les 500 derniers mètres...
S
U
M
M
I
T
!
Validé.


Vraiment pas tant de monde sur cette voie normale. On est seuls au sommet. Le Mont Blanc, on n'a pas trop envie de profiter du sommet. La journée ne fait que commencer, 4300m nous séparent de la voiture.
Alors on entame la descente. Après si peu de sommeil, une alimentation approximative et un peu de temps passé en altitude, ben on en chie. Je m'endors à chaque pas, du jamais vu. Ca m'était déjà arrivé en cours ou en conduisant, mais en marchant non non.


Long. On recroise le refuge Valot qui n'a pas bougé. Puis arrive la fameuse petite montée sur le Dôme. La montée qui fait mal.
Une fois au sommet, on aperçoit le refuge du Goûter, qui est mégaloin. Autant à la montée cette partie s'enquille bien, c'est le début, on commence la marche sur glacier et tout. Autant paie ta bavante à la descente...


Mais finalement, la gravité aidant, on atteint le refuge. Reste encore la partie la plus exposée de la course, la descente du Couloir du Goûter. Ce matin, c'était tranquille il n'y avait personne et on se rendait pas bien compte du gaz et de l'expo. La descente en desescalade est laborieuuuse. 3h pour monter, 3h pour descendre.


Il est 18h30, on regagne le bivouac, épuisé.


C'est là que ça devient marrant, puisque ledit bivouac est à 3200m d'altitude et que la voiture qui nous mènera à terme à mon lit est, elle, à 500m d'altitude. Et que le dernier train est à 19h (quand même), ce qui nous laisse 30 minutes pour faire 1200m de dénivellé négatif, ce qui à part en base jump relève de l'impossible. On se prépare donc psychologiquement à descendre la voie du TMB jusqu'à la voiture, avec malgré tout une botte secrète en poche : un taxi qui pourrait éventuellement venir nous chercher à Bellevue, l'avant dernière gare du TMB.

On plie bagages, on recharge nos gros sacs allégès malgré tout des 4 litres d'eau qu'on avait monté hier, et on se lance dans la descente jusqu'au Nid d'Aigle.


Mais comme à ce moment là on en a pas encore ras-le-cul de cette journée qui n'en finit pas, quelques gouttes commencent à tomber de-ci de-là. Puis beaucoup de gouttes. Puis du vent. Puis des grêlons. Après s'être abrité de ces derniers derrière un gros rocher, on gagne la providentielle cabane des Rognes, où se sont abrités quelques sympathiques hongrois en galère comme nous. Eux dormiront là, mais nous on a des impératifs demain alors il faut descendre coute que coute.


C'est le moment de sortir notre joker : le coup de fil à un taxi. Rdv 23h30 à Bellevue (oui le lecteur pourra avoir perdu ses repères spatio-temporels, mais il se fait tard...).


La pluie se calme, le soleil se couche. On atteint le Nid d'Aigle puis on longe la voie tels des zombies de Raccoon City, mais bien avant qu'ils ne se transforment en Crisom Head.

Et à 23h30 on atteint la gare de Bellevue où nous attend le taxi 4x4 qui nous conduira au Fayet. Pour la modique somme de 80€, qu'on débourse sans broncher vu le service rendu.


Puis en... zzz... route vers Tho... zzz... non. Impossible de faire le trajet en une seule fois, obligé de s'arrêter faire un somme.

On arrive a 2h30, on ne cherche ni à ranger, ni à manger, ni à rien, juste à se laisser tomber dans le lit et à dormir. Jusqu'à 6h30.


Oilà oilà. Mais quand même, on a fait l'Mont Blanc.


2 Comments:

Anonymous Anonyme said...

Même avec une tonne de neige sous les crampons, tu conduis à l'aise

3:59 PM  
Anonymous brize said...

Je kif tes récits de courses.

6:47 AM  

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