8 Août 2010 : Le Courchevel X-trail.
Avec Bart-S, on est un peu débile. Alors ça nous fait pas peur de tenter un trail de 53km et 4400 de dénivelé avec pas moult bagage trailisitique (mais quand même on a un peu fait des raids, pis du ski de rando, pis du VTT et tout).
C’est donc dans l’inconnu total qu’on se lance ce week-end, la fleur au fusil, avec le stress de l’échec qui se fait un rien sentir malgré tout.
Bon en fait pour ma part, je balisais un peu alors j’ai essayé de me préparer (cf les 2500m aux Cornettes de Bise, les 4h de course dans les Puys en Auvergne, et une semaine de repos à me coucher à maximum 21h30…etc). Et aussi le Mont Blanc la semaine passée, ça fait des globules !
On a juste deux trois objectifs :
Objectif n°1 : finir.
Objectif n°2 : finir en bon état.
Objectif n°3 : finir en bon état en moins de 10h.
Objectif n°4 : finir en bon état en moins de 10h en battant Dawa Sherpa :)
Pour ce week-end donc, on se prévoit un trajet tranquille jusqu’à Courchevel le samedi. Pierre vient s’ajouter pour courir sur le 30km.
Arrivés à Bozel aux portes de la Vanoise, on découvre la chambre d’environ 10m² prévue pour deux à la base. Pierre ne voit pas d’inconvénient à dormir sur la moquette et sur une largeur de 40cm, et l’hôtelier nonplus, alors les frais de couchage s’en voient réduits (au passage 45€ la nuit à Bozel pour 2 –voir 3 du coup-, ça le fait pas mal).
On finit la journée en retirant nos dossards et en se préparant quelques pâtes sur le terrain de foot du Praz. De retour à l’hôtel à quelques minutes du village départ, c’est l’heure de préparer nos affaires. C’est là que se posent les grandes questions. Manches courtes ou longues ? Isostar ou pas isostar ? 9 barres ou 10 barres ?
A 21h tout le monde au lit, le départ est donné à 4h30 le lendemain matin. Pas trop de stress finalement, advienne que pourra, pis ça devrait être joli.
La minituile, c’est qu’à Bozel se déroule un petit concert juste ce soir là. Mais finalement contre toute attente on trouve le sommeil sans problème jusqu’à 3h15. Une douche, une banane, quelques gâteaux, et direction le Praz pour boire un petit thé avant le départ du 53.
4h15. Tout le monde se présente derrière la ligne de départ. Quelques 150 participants pour ce trail. La tension monte. A quelques mètres de la ligne, l’itinéraire est éclairé par des flambeaux. Une piste de ski. Droit dans le pentu.
Ce qu’on va faire, c’est qu’on suivre l’Etat de mon moral et de mes jambes tout au long du parcours, le tout sur une échelle de 0 à 100.
4:32. Le départ est donné.
Moral : 95%, la mini boule au ventre quand même.
Jambes : 100%, on a bien mangé, bien dormi et tout.
On part « tranquille ». Attention à l’adrénaline qui booste bien dans ce genre de départ. Mais il faut se retenir étant donné qu’il reste environ 52,5km et 4350m de dénivelé.
Quelques minutes après le départ, la première pente passé, c’est le moment de doute. Des cris de-ci de-là : « C’est pas par là ! », « Demi-tour ! », « On s’est trompé ! ».
La blague. Effectivement l’ensemble des participants s’est fourvoyé au premier croisement…
Alors les premiers seront les derniers et tout, dans la Bible ça sonne bien, mais sur du single track c’est un peu la galère. Pour nous c’est pas la mort, mais pour les gros keums, remonter tout le peloton dans la forêt n’est pas une mince affaire.
Au moins ça sera l’occasion pour nous d’apercevoir Dawa Sherpa, qui lance un joyeux « Et beh, c’est la première fois que je vois autant de monde devant moi ! ».
~5 :00. Fin de la première montée dans la forêt du Praz. On continue en courant sur un large chemin plat.
Moral : 90%. Le plat, c’est là où on reconnait les vrais coureurs… On se fait pas mal doubler sur cette section.
Jambes : 98%. Pertes minimes pour le moment.
Avec Bart-S, on continue sereinement la montée de nuit dans la fraîcheur de cette fin de nuit. On suit le rythme idéal d’une jeune demoiselle qui s’avèrera être en fait une des meilleures féminines du circuit. Et c’est l’arrivée au premier ravitaillement du Col de la Loze, 9km.
Moral : 95%. Déjà plus de 1000m de dénivelé, même pas mal. Et le petit jour se lève sur la Vanoise, c’est magnifique.
Jambes : 95%
Le ravito est trop proche du départ et quasiment inutile. Un ptit balisto, on ne traîne pas et on poursuit sur quelques centaines de mètres de dénivelé techniques qui nous mènent aux Rochers de la Loze, 2526m.
S’en suit la première vraie descente du trail, 500m de lacets. Comme on est grave des freerideurs on double quelques personnes avant de s’élancer sur les pentes de la montée suivante.
Moral : 90%
Jambes : 90%
600m de montée régulière et pas très jolis pour le coup. Mon corps réclame un truc. Après quelques minutes de réflexion, je comprends ce que c’est : une pâte de fruits…
7:28. R2. Sommet de la Vizelle, 2659m. Fin de la deuxième montée. 16km.
Moral : 85%. Je continue à un rythme régulier. Bart-S m’a pris deux-trois minutes. On se croise rapidement au ravito.
Jambes : 85%.
Bonne pause au ravitaillement, remplissage de camelbak, recharge d’isostar, bananes, et on enchaîne sur une crête puis une descente technique jusqu’au 20ème kilomètre.
A partir dudit 20ème km, ça se corse. Du faux plat montant. Beaucoup de faux-plat montant jusqu’au refuge du Saut. Il faut courir, sinon on n’avance pas. Puis on enchaîne sur une succession de montées casse-pattes (d’aucuns auraient dit casse-couilles mais comme je suis un poète je m’en abstiendrai) et de replat. Mais bon, c’est bucolique comme vallon.
Moral : 65%. Je n’aperçois Bart-S au loin que de temps en temps. Il a réussit à rester derrière la jupette de notre amie de la première montée. Je me fais doubler par quelques personnes, dont la troisième fille.
Jambes : 60%. Cette section me coûte. La raide ascension finale vers le Col du Râteau n’est pas donnée.
Mais bon. On a fait plus de moitié, et une fois a R3, dans quelques kilomètres c’est gagné !
9:30. Col du Râteau, 2689m. Point culminant du trail, km 28.
Petite pause isostar – rangeage de bâtons – discute avec le signaleur qui m’annonce qu’on est dans les 30 – 40è places. Sympa et inattendu.
Descente technique sur le haut, avec un passage de névé sur les fesses puis vient le moment de la descente vers R3, l’occasion de rattraper un peu les gens qui m’ont doublé tout à l’heure.
10:07. R3. Petite Val. Km 31.
Je retrouve Bart-S qui m’a quand même mis 5 minutes. Mais il est disposé à m’attendre et ça c’est cool. C’est important de faire une bonne pause encore une fois, histoire de remplir les camelbak et de se sustenter quelque peu. De la banane, des tucs salés essentiellement. Nos collègues les féminines sont pas là pour rigoler et ne s’arrêtent à aucun ravitaillement, alors on laisse filer.
Moral : 90%. C’est dans la poche. L’essentiel du dénivelé est derrière nous. Il ne reste… que 22km.
Jambes : 50%. Ah oui c’est là que le bât blesse.
Au programme, 3 coups de cul de 200-300m.
Coup de cul n°1, Col des Saulces, km 33 : Très régulier et pas très raide. Ca passe bien mais le moral prend un coup vu qu’on se fait doubler par les concurrents engagés sur le 30km, qui sont frais comme des gardons.
Moral : 80%
Jambes : 40%
Coup de cul n°2, Col de la Grande Pierre, km 36 : Pas très long mais bien raide pour le coup. La démarche n’est plus aussi amène qu’à nos premières heures, mais on tient bon.
En plus s’en suit la magnifique section sur les Crêtes du Mont Charvet, technique à souhait. Ca descend, ça remonte, petits passages expos, ptits passages en équilibre entre deux dépressions de 5m de profondeur. Et on arrive à la bifurcation entre le 30 et le 53. Nous on a droit à une montée bonus.
Moral : 80%
Jambes : 30%
Coup de cul n°3, Dent du Villard, km 43 : La dernière montée, oui monsieur oui madame. Elle est raide raide raide. Ou du moins c’est l’impression qu’on a après 40km et 4000m de D+. Ce n’est même pas de la fatigue physique, ça fritte juste méchamment les jambes. Les bâtons sont une nouvelle fois validés. On perd encore deux-trois places parce que quand même, il y a des gens plus habitués au trail que nous… Mais tout va pour le mieux vu que la ligne d’arrivée se dessine à l’horizon. 1000m plus bas.
Moral : 75%
Jambes : 20%
Ayé. Il ne reste plus que de la descente. Mais en fait la configuration topologique du terrain importe peu, descente, plat, montée… On n’a plus de jambes et il faut finir quand même. Alors on pose le cerveau et on fait confiance à la gravité pour nous ramener dans la vallée. C’est long, vraiment long. Je choppe un point de côté au foie, c’est la loose mais je peux pas y faire grand-chose. Il me suivra toute la descente et encore la semaine suivante.
12:44. R4. Lac de la Rosière. Km 47.
Le ravito qu’on croyait useless car très proche de l’arrivée soulage quand même un peu. Pas question de traîner mais on peut au moins délayer les cuisses un instant…
Ca sent bon la civilisation. La fin est proche, au loin on aperçoit le panneau « Arrivée 5km ». 5km…
Il est une heure moins le quart, on peut envisager de finir ce trail en moins de 9h. Même si de toute façon la notion de forcer ou d’accélérer a perdu tout son sens.
Moral : 90%
Jambes : 10%
Les 5 derniers kilomètres sont un peu vallonnés pour rejoindre le Praz. Pour être franc on est presque content quand ça remonte un peu. Il y a un panneau tout les kilomètres. On espère secrètement en louper un et s’apercevoir avec joie qu’il reste moins de distance que prévu. Mais non.
4km.
3km.
2km.
1km.
La ligne d’arrivée est en vue.
Pierre est présent, qui a déjà torché son 30km en 4h, beau boulot.
13:24. Arrivée. Km 53.
On franchit la ligne d’arrivée ensemble avec Bart-S. Dawa Sherpa –qui l’a lui franchit il y a trois heures…- nous félicite et nous gratifie d’une poignée de main, stylé.
On finit 40è avec un temps de 8:52. Mais c’est accessoire puisque les objectifs 1, 2 et 3 sont complètement remplis.
Frais comme des gardons. On aurait pu se faire prendre en photo sur fond de Grande Casse ou sur les Crêtes du Mont Charvet, mais non, on a préfère le parking comme toile de fond.
Oilà oilà. Plus de jambes, mais aucune mauvaise douleur et un moral au top.
On profite des massages et du repas offert en assistant à la remise des prix.
Et on quitte la Vanoise, contents de nous.

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